Les actifs nouvelle vague : les nootropes alimentaires

Puisque l’esprit est plus important que le corps, la nouvelle tendance évoque les nootropes, ces actifs qui ciblent l’esprit, le bien-être intérieur, personnel et intime. Médicaments, plantes, nutriments ou phytocomposants… ils possèdent des propriétés de modulation de la physiologie et des facultés cognitives de l’individu, de son équilibre nerveux, de son entrain ou de son calme, et tout ceci sans effet secondaire nocif ou néfaste pour la santé.

Nous n’évoquerons pas ici les médicaments, mais tous les actifs qui pourraient être intégrés dans des compléments alimentaires ou des préparations alimentaires.

Ils intéressent avant tout les Millénials comme la génération Z, qui voient dans ces nootropes comme un bon moyen pour améliorer les conditions générales de vie, les sensations et plus spécifiquement, la concentration ou la motivation. Certains seniors sensibles à leur planète intérieure sont aussi intéressés.

Stimulation[1]

Nous avons tous des jours avec et des jours sans. Le café ou le thé sont des stimulants qui ont leurs adeptes. Combien de fois entendons-nous des « sans café le matin je suis bon à rien » ? Addiction ou habitude ? Effet placebo d’un petit noir ou réalité physiologique ?  La caféine a prouvé son action sur la vigilance dû à la libération d’Adrénaline. Raison pour laquelle 2 noirs et le cœur bat la chamade.

Bien sûr, l’effet psychologique d’une habituation (le fait d’être accroché à une habitude), surtout le matin, est puissamment influent sur notre moral ou notre humeur[2]. Tout comme le chocolat du soir, ou le miel dans la tisane, qui aideraient à la détente pré-ensommeillement. La nicotine a aussi des propriétés psychotropes, tout comme l’éthanol des boissons alcoolisées.

Le gingembre et le ginseng sont traditionnellement utilisés pour stimulés le corps et l’esprit, certains débordant des preuves scientifiques robustes et évoquant des effets aphrodisiaques.

Les actifs dopaminergiques comme la dopamine, sont des neurotransmetteurs stimulants, qui jouent un rôle dans l’attention, la vigilance, l’éveil, la mémoire, le système de récompense, d’où le rôle addictif de certains d’entre eux.

 

Effets relaxants[3]

La vitamine C a la réputation d’empêcher de dormir : non démontré. Elle est un cofacteur de synthèse de dopamine et de sérotonine, molécules impliquées dans les hormones qui confèrent calme et sérénité. Tout comme la théanine[4], qui augmente la sérotonine la dopamine qui réduisent le stress mental et physique, et produit des effets relaxants.

Certains nutriments sont impliqués dans l’équilibre neuromusculaires : les vitamines du groupe B et le magnésium, par exemple. En déficience, le corps réagit avec des signes de fatigabilité nerveuse : la paupière qui « clignote », des crampes musculaires ou une irritabilité exacerbée… Les aliments modernes sont peu dotés en magnésium (céréales complètes, graines et noix) et en vitamines du groupe B (pain et céréales complètes, viande de porc, etc.).

Côté phytothérapie, l’éventail des possibles est large. Tilleul, verveine, camomille romaine. Oui. Relaxant et même, si on en abuse, endormissant. Gare au millepertuis, aux effets secondaires plus néfastes.

Mais attention : certaines plantes ont des propriétés différentes selon les dosages utilisés. La menthe, par exemple, est relaxante à faible dose, stimulante à fortes doses.

La bacopa est une plante adaptogène, tout comme la rhodiola : elles permettraient de réduire les effets du stress physique et psychique et amélioreraient l’humeur. Tradition ou crédulité ? La science n’a encore rien confirmé de robuste pour ces propriétés.

Centella asiatica[5] est également réputée.

En revanche, un peptide du lait découvert et breveté par Ingredia et qui a démontré des effets précieux : rendre plus résistant au stress. Sans aucun des effets néfastes des benzodiazépines, ce peptide est très prometteur dans le cadre de nos vies stressées.

 

 

Nourrir le cerveau pour plus de performance

En toute logique, l’homme a pensé que manger les composants du cerveau permettrait de nourrir ses performances (cervelle d’agneau, phosphore, phospholipides…). Il n’est est rien.

Visons plutôt la choline, qui sera transformée en acétylcholine, un neurotransmetteur qui participe à l’apprentissage et la mémorisation.,

En revanche, les Oméga 3 sont toujours bienvenus, pour un fonctionnement optimal, mais de préférence durant la vie fœtale et les 2 premières années au moins. Ensuite, c’est de l’entretien et du renouvellement, qui doit s’opérer toute la vie. Idem pour l’acide arachidonique, depuis peu obligatoire dans les laits infantiles. Complétez avec de l’EPA (acide écosapentaénoïque) et du DHA (acide docosahexaénoïque) [6].

DHA et EPA sont proposés aux jeunes sujets contre le trouble du déficit d’attention avec ou sans hyperactivité, et pour les troubles de la lecture[7].

Côté phytothérapie, le Ginkgo biloba a la réputation séculaire de maintenir la mémoire des sujets vieillards : en Chine, les feuilles bilobées de cet arbre symbolisent le cerveau, ce qui peut permettre de penser que là encore, la forme fait l’usage, ce qui n’a pas été démontré scientifiquement chez l’homme.

Le lycopode et son hupersine A a la réputation d’améliorer l’apprentissage et la mémoire. De toutes les façons, sachez-le, la mémoire ne peut pas se manger : elle se travaille et sans travail, pas de mémorisation possible. En revanche, la capacité de concentration intellectuelle, la spiritualité, la relaxation sont des évènements qui se travaillent aussi mais peuvent être nourris par des bonnes graisses, des vitamines du groupe B et E.

Article publié chez ATLANTICO le 5 septembre 2020

[1] G. Anagnostaras, « Psychostimulants and Cognition: A Continuum of Behavioral and Cognitive Activation », Pharmacological Reviews, vol. 66, no 1,‎ janvier 2014, p. 193–221

[2] Effect of Nutrients, Dietary Supplements and Vitamins on Cognition: a Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials », Can Geriatr J, vol. 18, no 4,‎ décembre 2015, p. 231–45

[3] Guillaume Fond, Jean-Arthur Micoulaud-Franchi, Lore Brunel et Alexandra Macgregor, « Innovative mechanisms of action for pharmaceutical cognitive enhancement: A systematic review », Psychiatry Research, vol. 229, no 1,‎ 30 septembre 2015, p. 12–20

[4] Nathan P, Lu K, Gray M et Oliver C, « The neuropharmacology of L-theanine(N-ethyl-L-glutamine): a possible neuroprotective and cognitive enhancing agent », J. Herb. Pharmacother, vol. 6, no 2,‎ 2006, p. 21-30

[5] Afriat, Y. (2014), Utilisation de Centella asiatica en médecine ayurvédique comme nootropique

[6] Kara Simone Bagot et Yifrah Kaminer, « Efficacy of stimulants for cognitive enhancement in non-attention deficit hyperactivity disorder youth: a systematic review », Addiction (Abingdon, England), vol. 109, no 4,‎ avril 2014, p. 547–557

[7] Polyunsaturated fatty acids (PUFAs) for children with specific learning disorders », Cochrane Database Syst Rev, vol. 12,‎ 2012,

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