1/ Les autorités sanitaires travaillent à l’élaboration du nouveau programme national nutrition santé pour 2026. Y figureront à priori un certain nombre de recommandations, parmi lesquelles la réduction de la consommation de viande et l’augmentation de celles des légumes et autres légumineuses. Que sait-on, exactement, de ce qui pourrait figurer dans ce programme ?
En effet, les responsables de santé publique en France – qui sont d’ailleurs parmi les meilleurs du monde « riche » et le HCSP (haut conseil de santé publique) -s’attèlent tous les 4 ans à établir de nouvelles orientations stratégiques pour la santé publique et individuelle. Leur méthode de travail est d’observer et quantifier le profil nutritionnel et santé des populations (le nombre de personnes en sous nutrition, en surpoids, obèses), de faire des liens avec les pathologies majeures qui en découlent, et de poser des objectifs quantitatifs et qualitatifs. Par exemple : parvenir dans les 4 ans du programme à ce que 80 % des enfants de moins de 16 ans consomment au moins 5 portions par jour de fruits et légumes.
Pour ce 6e programme, les orientations évoluent et les axes suivants sont suggérés :
• Promouvoir des modes de vie actifs, incluant le sommeil comme déterminant majeur de santé nutritionnelle, le soutien aux environnements favorables et à l’activité physique. En effet, le sommeil est un élément très influenceur de l’alimentation et il est rarement considéré par les soignants.
• Promouvoir des régimes alimentaires sains et durables, avec une végétalisation de l’alimentation et le renforcement des critères environnementaux dans les repères nutritionnels. Le HCSP propose une approche systémique, en cohérence avec la Stratégie nationale alimentation nutrition climat (SNANC). Il invite à promouvoir la littératie alimentaire et physique dès l’enfance, utiliser des leviers réglementaires et fiscaux et évaluer l’impact économique et social des mesures.
• Mieux réguler l’environnement alimentaire, encadrer plus strictement le marketing, au besoin par la réglementation
• Réduire la précarité alimentaire, par des actions ciblées, équitables et démocratiques
Sont également inclus des éléments plus organisationnels et « politiques » ou sociaux, comme par exemple, améliorer la gouvernance et la lisibilité, avec une déclinaison sur les territoires, avec des outils et indicateurs partagés, et un financement stable.
2/ Dans quelle mesure faut-il penser qu’un tel programme peut avoir des conséquences sur la vie quotidienne des Français ?
Ce programme va impulser des recommandations et des méthodes pour guider toutes les personnes qui participent à la santé des Français ; non seulement le corps médical ou tous ses soignants (jusqu’aux infirmières, diététiciens, kinésithérapeutes, dentistes, sage-femmes, etc.), mais aussi les professionnels du secteur alimentaire (du chef au diététicien, ingénieur en agroalimentaire). les centres scolaires sont sensibilisés et tout est fait pour que les citoyens soient entourés de bons conseils fiables et efficaces, étouffant les messages marketing ou d’influenceurs incompétents qui portent un vrai préjudice.
Faut-il penser qu’il peut influencer les prochaines loi agro-alimentaires ou des normes européennes, par exemple, les éventuelles méthodes (ou habitudes) de distribution ? Oui, ces programmes génèrent une énergie et des messages qui sont peu à peu entendus, compris et mis en pratique. Oui, le Nutrition-Score a bougé significativement les lignes et adopté par près de 90 % des Français. Ce n’est pas rien, permet une information claire et fiable sur les aliments qui sont sur les étals. Le Nutrition-Score, né en France, est maintenant adopté par 7 membres de la communauté : c’est une vraie réussite !
3/ Quelles sont les recommandations qui, en tant que nutritionniste, vous apparaissent le plus pertinentes ?
Les meilleures recommandations sont celles de bon sens, qui sont présentées de manière à être faciles à adopter, sans révolutionner vos habitudes.
Lorsqu’il est proposé de consommer davantage de fruits et légumes, une autre façon de le dire est « une tomate cerise tous les jours et à la fin de la semaine, ça fait une portion. Une pizza 4 saisons, c’est une portion de fruits et légumes, tout comme un sandwich poulet crudités…
Soignez votre sommeil car sans lui, vous ne pourrez pas être correctement rassasié. En d’autres termes, le manque de sommeil vous sera grossir. Restons concrets, pratiques.
5/ A quoi faudra-t-il s’attendre pour la suite, dans la foulée du PNNS 2025 ?
Un programme dure 4 ans. Le PNNS a vu son algorithme n°2 cette année : il a clairement indiqué qu’il suivra une démarche d’amélioration régulière, comme nous tous, en écoutant les suggestions des professionnels comme des consommateurs ou des professionnels de santé. Nous sommes en perpétuelle évolution vers de l’amélioration, et c’est bien ainsi.
Demain sera encore meilleur.